Victor Lustig

Victor Lustig est un arnaqueur du début du vingtième siècle connu pour l’affaire qui inspira le livre “L'Homme qui vendit la tour Eiffel » et un court métrage à Claude Chabrol. Passé maître comme faussaire, Victor Lustig était un imposteur talentueux qui gagnait la confiance de ses victimes et savait les enfermer dans des pièges de silence. Il entretint aussi une relation troublante avec le célèbre gangster Al Capone.

Une jeunesse qui ne tourne pas très bien

Né à Hostinné le 4 janvier 1880 dans l’actuelle Bohême tchèque, il eut une enfance heureuse dans un milieu aisé. À l’issue d’une éducation qui lui laissera la maîtrise de cinq langues, il bascule dans diverses petites frasques : il en gardera d'ailleurs une cicatrice à l’œil après une bagarre. À dix-neuf ans, il quitte sa famille et un avenir probablement ennuyeux. Il découvre Paris mais le milieu le rejette. Il passe alors son temps sur les paquebots transatlantiques à vivre en trichant au poker, dépouillant de riches voyageurs et gagnant en aisance et en relations. La guerre mettra fin à cette période facile, et il s’établit aux États-Unis, terre prometteuse. Il y multiplie les arnaques, prêts sous fausse identité ou tuyaux aux courses de chevaux, se constituant un petit pactole qu’il décide de dépenser à Paris une fois la paix revenue.

L’épisode rocambolesque de la tour Eiffel

Menant grande vie en 1925 dans le Paris des années folles, ses réserves fondent vite. Un article de presse évoquant la possibilité du démantèlement de la tour Eiffel lui inspire une arnaque. Celle-ci est élaborée à l'aide d'un complice depuis une chambre située à l'Hôtel de Crillon : il convoque cinq ferrailleurs pour un marché vendu comme “ultra confidentiel”. Il poussera le vice à visiter la tour avec les candidats à l’aide d’une imitation d’une carte ministérielle. Un des candidats, André Poisson, croira à l’histoire assortie pour plus de véracité d’un dessous-de-table et déboursera près de 100000 francs. Les deux complices ayant quitté Paris avec l’argent s’apercevront que Poisson n’aura pas divulgué sa mésaventure, par honte certainement. Ils reviendront tenter à nouveau l'arnaque, sans succès cette fois: ils s’enfuiront juste à temps aux États-Unis.

Exploits américains pour 48 inculpations

Aux États-Unis, Lustig se fait passer pour un comte et navigue dans des milieux fortunés plus ou moins vertueux. Sa spécialité consiste à vendre des machines à imprimer de faux billets. Évidemment, ses victimes ne peuvent le dénoncer sous peine d’avouer leurs propres intentions malhonnêtes. Il sera toutefois inculpé 48 fois. Si le cas du milliardaire Herman Loller est rapporté, l’exemple le plus rocambolesque concerne un shérif d’Oklahoma, Richard, qui le libérera de prison avant un jugement en échange de la fameuse machine. S’apercevant de l’imposture, le shérif le poursuivra jusqu’à Chicago. Étonnamment, Lustig convaincra Richard d’un problème d’utilisation et le dédommagera avec de l’argent: Richard sera arrêté ensuite pour détention de faux billets!

La relation trouble de Lustig avec Al Capone

Les activités de Lustig devaient forcément le faire entrer en contact avec la pègre. Il aurait convaincu Al Capone de lui avancer plusieurs dizaines de milliers de dollars comme investissement. Al Capone ne voyant rien venir aurait retrouvé Lustig, qui après moult arguments, lui aurait rendu l’argent. Amusé par le personnage, Al Capone lui aurait laissé 1500 dollars « pour la peine ». Une hypothèse probable serait même que c’était l’objectif escompté par Lustig. Le célèbre bandit de Chicago l’aurait fait protéger plus tard dans la terrible prison d’Alcatraz.

Fin de la chance et dernière cavale

Une opération policière d’ampleur est menée à partir de 1934 suite à une recrudescence de faux billets. Elle vise William Watts mais aboutit à Lustig, qui peut être interpellé pour d’autres plaintes. Ses talents oratoires n’éviteront pas la découverte d’une clé de planque abritant des traces d’outillages de falsification et d’une importante somme en fausse monnaie. Lustig sera incarcéré à New York mais parviendra à s’enfuir grâce à un drap de lit. Poursuivi pendant 27 jours , il sera rattrapé et condamné début 1935 à 15 ans de prison, puis transféré à Alcatraz où il contractera une pneumonie. Il mourra à l’hôpital spécial de Springfield (Missouri) en 1947.

Sa vie à rebondissements est tracée en France dans deux livres: « les plus grands escrocs de l’histoire» de Pierre Lunel et « Escroqueries légendaires et autres histoires de la délinquance astucieuse» d’Éric Yung.

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