Les faussaires

Les faussaires sont des escrocs qui réalisent des faux, des contrefaçons, pour un usage frauduleux. À leurs façons, ce sont des artisans talentueux, car la ressemblance avec les sujets originaux est un élément primordial de la réussite de leurs projets. La frontière est mince avec l’imitation, celle-ci pouvant demeurer privée ou devenir publique mais en toute transparence. C'est bien l'intention délictueuse de faire passer le faux pour le vrai afin d’en tirer profit qui définit le faussaire.

Faux et contrefaçons existent de tous temps

La contrefaçon existe depuis que l'homme est capable de réaliser des artefacts utilitaires ou artistiques. Au-delà de la simple reproduction de gestes techniques et de rendu, elle apparaît dès que les objets ont pris une valeur d'échange. Ainsi de la fausse monnaie depuis l’apparition de la monnaie, des faux en écriture depuis son utilisation dans des actes officiels, et des faux en art depuis que les œuvres d’art aient pris une dimension commerciale. Chaque discipline nouvelle génère ses contrefaçons, comme les faux archéologiques ou les fausses preuves scientifiques. La technicité des faussaires évolue constamment. Ces derniers temps sont apparus les contrefaçons industrielles et les faux numériques, mais peut-on encore parler de faussaires au même titre que tous ces personnages étonnants qui nous fascinent ?

Les grands faussaires historiques

Les faussaires oubliés de l’histoire sont certainement innombrables, et seuls nos temps modernes permettent de retracer de véritables mythes. Citons pêle-mêle l’énigmatique Yves Chaudron lié au vol de la Joconde, Guy Hain qui reproduisit plusieurs sculptures dont des Rodin au point d’en fragiliser le marché, Han van Meergeren qui devint célèbre après-guerre pour avoir dupé les nazis avec de faux tableaux de maîtres hollandais. Avec la médiatisation certains faussaires évoluent en pleine lumière. Fernand Legros est le marchand fraudeur qui écoule les faux tableaux de Elmyr de Hory avec qui il vit une aventure homosexuelle, Le couple Beltracchi invente une histoire d’héritage pour monnayer une collection de plus de 300 œuvres, certaines exposées dans des musées, David Stein écumera les galeries d’art contemporain. Franck Abagnal Jr est un grand imposteur s’appuyant sur la contrefaçon de papiers officiels et qui inspirera le scénario d’«attrape-moi si tu peux». D’autres faussaires ont préféré rester discrets, comme le « faussaire espagnol », peut-être parce qu’il contrefait des enluminures du Moyen-âge à plus faible renommée publique. Shaun Greenhalg sera un tailleur de pierre extrêmement policé, finalement trahi par un détail anachronique. Mark A, Landis reste un mystère puisqu’il ne semble pas avoir profité d’innombrables donations à des musées, généralement modestes. Guy Ribes ne sera démasqué que lorsqu’il cherchera à écouler directement des toiles sans passer par son réseau de revendeurs expérimentés.

La reconversion des faussaires

Certaines contrefaçons sont considérées comme de véritables chefs-d’œuvre, par leur virtuosité technique et leur puissance artistique, et certains faussaires ont cherché à s’amender avec plus ou moins de bonheur. Le pauvre Elmyr Hory sera rattrapé par son passé et se suicidera. Guy Ribes vit actuellement de ses œuvres et suscite encore une certaine fascination. La plus spectaculaire reconversion est celle d’Abagnal Jr qui exerce comme consultant reconnu et officiel pour la lutte contre la fraude et le blanchiment d’argent. Il est vrai que comme tous les grands faussaires, c’est un expert.

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