Bernard Madoff

Le 29 Juin 2009 s’achève le procès de la plus grosse escroquerie financière de l’histoire. L’américain Bernard Madoff est condamné à 150 ans de prison pour avoir monté une arnaque au montant record de 50 milliards de dollars.

Un entrepreneur autodidacte de génie

Bernard Madoff entame des études de droit qu’il abandonne assez rapidement pour poursuivre une formation de maître-nageur à Long Island. Finalement, il fonde en 1960 une société de fonds d’investissements à partir de 5000$. Il n’a alors que 22 ans. Il se forme seul aux ficelles de la bourse et en quelques années,Bernard L. Madoff Investment Securities LLC prendra place aux côtés des géants de Wall Street. Elle fera partie des cinq sociétés les plus influentes au sein du NASDAQ qui est alors le deuxième marché d’actions aux États-Unis. Il y occupera d’ailleurs le poste de président du conseil de 1990 à 1991. Toute la famille travaille à cette réussite. L’entrepreneur emploiera son frère aîné ainsi que ses deux fils. Bernard Madoff incarne alors le rêve américain. Il jouit d’une réputation exemplaire dans le milieu mondain et sera considéré comme un innovateur dans le secteur de la bourse électronique.

Le fonds d’investissement Madoff est réputé pour obtenir des taux exceptionnels allant jusqu’à 17 %, tout cela en jouant exclusivement sur les hedge founds, des fonds d’investissement à risque promettant de gros gains à qui réussirait le pari. Les clients sont grassement rémunérés et se bousculent pour entrer chez Madoff, qui n’accepte que les investisseurs disposant d’au moins 10 millions de dollars.

Faillite, escroquerie et système pyramidal

Si son commerce se porte si bien, c’est grâce à ses talents mais pas dans le domaine que l’on croit. Car en réalité le fonds Madoff subit d’énormes pertes depuis la crise boursière de 1987.

Une inspiration d'outre-tombe

Pour pallier à cela, Bernard Madoff s’inspire de Charles Ponzi, un italien rusé qui a conçu un système élaboré d’escroquerie. Condamné à plusieurs années de prison en Italie pour diverses arnaques, Charles Ponzi opère aussi aux États-Unis desquels il finira par se faire expulser. Mussolini lui proposera un poste au gouvernement, une fausse bonne idée puisque cela donna l’occasion à Ponzi d’extorquer des sommes importantes au Trésor Public.La pyramide de Ponzi promet des profits basés sur la spéculation alors qu’en réalité ils ne proviennent que des sommes confiées par les nouveaux clients. Le fonds Madoff ne rapportait pas d’argent. Il le faisait croire en faisant passer pour des gains de l’argent déposé destiné à être fructifié. Pour que la chaîne fonctionne, il faut impérativement recruter de nouveaux investisseurs.

Madoff est un homme mondain

Il appartenait au Palm Beach Country Club, le plus côté de Floride auprès des milliardaires. C’est en côtoyant de près sa clientèle et en acceptant difficilement les nouveaux venus qu’il entretint sa notoriété. Entrer chez Madoff n’était pas une mince affaire, une inaccessibilité qui a certainement joué dans sa popularité.

Mais dans un fonds d’investissement, chaque client doit pouvoir récupérer la somme déposée à n’importe quel moment. Le problème du système Ponzi, c’est que l’argent des clients est faussement fructifié, les intérêts sont seulement prélevés sur les nouvelles entrées de clients. En 2008, une crise financière mondiale pousse les investisseurs à récupérer massivement leur argent placé en bourse. Madoff ne peut pas rembourser tant de monde d’un coup. Une situation sans issue. Il avoue toute l’escroquerie à ses fils, qui le dénoncent aux autorités.

Un scandale à 50 milliards de dollars

Des signes annonceurs

Si la fraude ne fut mise à jour qu’en 2008, l’analyste financier Harry Markopolos criait au loup depuis l’an 1991. Il déposa en tout cinq dossiers à la SEC, l’autorité de régulation des marchés financiers américains. Le dernier, datant de 2005, portait un titre évocateur : Le plus grand hedge fund du monde est une escroquerie. Ses démonstrations sont parfaites, mais aucune preuve n’est légalement valable. Malgré ses efforts, sa voix est ignorée des médias. C’est après le crash boursier et la mise en évidence de l’escroquerie que ses recherches serviront à mettre en lumière la situation. Harry Markopolos écrira un livre sur le sujet puis quittera le monde de la bourse après avoir refusé un poste au SEC.

L'arrestation

Le 11 décembre 2008, Bernard Madoff est arrêté par le FBI. Suite au paiement d’une caution de dix millions de dollars, il évite la détention provisoire. La liste des personnes madoffées selon l’expression du moment est longue : des sociétés internationales (le groupe Carrefour, L’Oréal… ), des banques (BNP Paribas, HSBC…), des personnalités (on reconnaît le nom de Steven Spielberg), de riches familles sont ruinées et des plus pauvres voient leurs économies partir en fumée. Le liquidateur de l’empire Madoff, Irving Picard, enregistrera plus de mille plaintes civiles totalisant une somme de 50 milliards de dollars.

La condamnation

Le 29 Juin 2009 le verdict tombe. Bernard Madoff est condamné à la peine maximale prévue par la loi. L’instigateur de la plus grande fraude mondiale écope de 150 ans de prison, il ne fera pas appel. Son frère aîné, Peter Madoff, sera condamné le 20 décembre 2012 à 10 ans de prison pour avoir falsifié les comptes de la société. L’un de ses fils, Mark Madoff, se suicidera par pendaison dans son bureau un an plus tard. Ce n’est pas le seul suicide lié à l’affaire. Thierry de la Villehuchet, un français originaire de Saint Malo, mettra également fin à ses jours après la faillite sa société (1,5 milliards de dollars) dans laquelle il avait entraîné tous ses proches.

Des remords sans reconversion professionnelle

Lors d’une interview exclusive avec Steve Fishman, un journaliste du New York Magazine, Bernard Madoff raconte comment il s’est retrouvé embrigadé dans ce cercle vicieux qu’il a lui-même créé, sans appât du gain. En se définissant lui-même comme une bonne personne, c’est d’abord le regret d’avoir brisé sa famille qui le ronge. L’ampleur du désastre ne lui apparaît qu’après le suicide de son fils.

Incarcéré dans le complexe correctionnel de Butner en Caroline du Nord, le nom de Bernard Madoff a resurgit dans les médias quand il a été avéré qu’il dirigeait un trafic de chocolat au sein de sa prison dorée.

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